La puissance fiscale d’un véhicule se lit dans la case P.6 du certificat d’immatriculation, exprimée en chevaux fiscaux (CV). Confondre cette donnée avec la puissance moteur inscrite en P.2 (en kilowatts) reste l’erreur la plus fréquente lors d’une demande d’immatriculation ou d’un calcul d’indemnités kilométriques.
Case P.6 et case P.2 : deux données distinctes sur la carte grise
La case P.6 indique la puissance administrative, celle qui sert de base à la taxe régionale. La case P.2 affiche la puissance nette maximale du moteur en kilowatts. Ces deux valeurs n’ont ni la même unité, ni le même usage fiscal.
Sur une carte grise au format européen actuel (SIV), P.6 se situe dans le bloc technique, à droite du document. Sur les anciens certificats FNI, la mention apparaissait en clair à la ligne « Puissance/CV » ou « puissance administrative ».
Une confusion fréquente : un véhicule affichant 110 kW en P.2 ne correspond pas forcément à un nombre élevé de chevaux fiscaux. La formule de calcul pondère la puissance moteur, ce qui produit parfois des écarts surprenants entre deux modèles de puissance mécanique comparable.
Formule de calcul des chevaux fiscaux après le passage WLTP
Depuis la généralisation de la norme WLTP pour l’homologation, la puissance fiscale des véhicules récents repose uniquement sur la puissance en kW (case P.2), sans intégrer directement le taux de CO₂ dans la formule. Ce changement post-2020 a modifié le classement fiscal de certains modèles, en particulier les motorisations hybrides rechargeables dont la puissance cumulée en kW peut être élevée.
Pour les véhicules homologués avant cette date, l’ancienne formule intégrait les émissions de CO₂, ce qui produisait un résultat différent à puissance moteur égale. Nous observons régulièrement des écarts de un à deux chevaux fiscaux entre un même modèle selon son année d’homologation.

Vérifier la cohérence avant une transaction
Lors de l’achat d’un véhicule d’occasion, nous recommandons de vérifier que la valeur P.6 correspond bien à la puissance P.2 déclarée. Un écart anormal peut signaler une erreur d’homologation ou une modification moteur non déclarée, ce qui bloque la demande de carte grise sur le site de l’ANTS.
Impact concret des chevaux fiscaux sur le prix de la carte grise
Le coût du certificat d’immatriculation dépend directement du nombre de chevaux fiscaux multiplié par le tarif unitaire du cheval fiscal fixé par chaque région. Ce tarif varie sensiblement d’une région à l’autre, et certaines régions appliquent une exonération partielle ou totale pour les véhicules propres.
Le prix final de la carte grise se compose de plusieurs taxes, mais la taxe régionale (Y.1) reste le poste principal. Voici les éléments qui entrent dans le calcul :
- La taxe régionale Y.1 : nombre de chevaux fiscaux multiplié par le tarif unitaire régional
- La taxe de gestion et la redevance d’acheminement, montants fixes identiques sur tout le territoire
- Le malus écologique éventuel, calculé sur les émissions de CO₂ et non sur la puissance fiscale
- L’exonération possible pour les véhicules électriques ou hybrides, selon la politique régionale
Confondre malus écologique et taxe régionale est courant. Le malus porte sur les émissions, pas sur les chevaux fiscaux. Un véhicule de forte puissance fiscale mais faiblement émetteur peut avoir un coût d’immatriculation inférieur à un modèle moins puissant mais plus polluant.
Chevaux fiscaux et barème d’indemnités kilométriques : un usage fiscal méconnu
Les chevaux fiscaux ne servent pas qu’à calculer le prix de la carte grise. Le barème d’indemnités kilométriques publié par l’administration fiscale utilise directement la puissance fiscale du véhicule pour déterminer le montant déductible par kilomètre parcouru à titre professionnel.
Ce barème distingue plusieurs tranches (3 CV, 4 CV, 5 CV, 6 CV, 7 CV et plus). Un salarié ou un indépendant qui utilise son véhicule personnel pour ses déplacements professionnels a donc intérêt à connaître précisément la puissance fiscale inscrite sur sa carte grise.
Un barème gelé depuis plusieurs années
Le barème kilométrique applicable en 2026 est identique à celui de 2024 et 2025, la dernière revalorisation remontant à 2023. Cette stabilisation pénalise les contribuables dont les frais réels augmentent avec le prix du carburant et de l’entretien, sans que le barème ne suive.
Pour un véhicule de 5 CV ou moins, le montant remboursé par kilomètre reste modeste. Passer à un véhicule classé 6 ou 7 CV augmente le montant déductible, mais alourdit aussi le coût de la carte grise et, souvent, la prime d’assurance auto.
Chevaux fiscaux et assurance auto : ce que les assureurs regardent vraiment
La plupart des assureurs intègrent la puissance fiscale dans leur grille tarifaire. Un véhicule classé au-delà de 7 ou 8 CV entraîne généralement une surprime, l’assureur considérant que le risque de sinistre grave augmente avec la puissance.
Certaines compagnies pondèrent ce critère avec d’autres paramètres (âge du conducteur, historique de sinistralité, lieu de stationnement). La puissance fiscale n’est donc pas le seul facteur, mais elle reste un critère structurant dans le calcul de la prime d’assurance.
- En dessous de 6 CV, la majorité des contrats appliquent un tarif standard
- Entre 6 et 9 CV, la prime augmente progressivement selon les assureurs
- Au-delà de 10 CV, certains assureurs refusent de couvrir les jeunes conducteurs ou imposent des franchises élevées

La restriction de puissance pour les jeunes conducteurs (permis probatoire) repose d’ailleurs sur un seuil lié à la puissance moteur et non directement aux chevaux fiscaux, ce qui ajoute à la confusion entre les deux notions.
La puissance fiscale reste un indicateur administratif, pas une mesure de performance. Elle conditionne pourtant le coût de la carte grise, le montant des indemnités kilométriques et la tarification de l’assurance. Lire correctement la case P.6 et la distinguer de la case P.2 évite des erreurs qui se paient à chaque étape de la vie du véhicule.

