Parfois, il suffit d’un silence inhabituel sur la chaîne de montage pour sentir qu’un virage s’amorce. Là où les bras robotisés, d’ordinaire, orchestrent inlassablement l’assemblage des batteries et moteurs, soudain, tout s’arrête. Comme si le cœur battant de l’automobile électrique retenait son souffle, pris de court par une décision inattendue.
Ce qui semblait inenvisageable il y a peu, voir un constructeur, pionnier de la voiture électrique, faire machine arrière, devient réalité. Entre affichage de convictions écologiques et nécessité de garder la tête hors de l’eau, le grand écart s’invite jusque sur les parkings flambant neufs des concessions. Derrière cette marche arrière, les ressorts sont multiples, bien plus subtils qu’un simple ralentissement d’usine.
Où en est la production de véhicules électriques chez les grands constructeurs ?
La fabrication de voitures électriques traverse une période de flottement chez les leaders du secteur. L’Europe, moteur supposé de la transition électrique, doit composer avec des à-coups imprévus, entre prévisions ébranlées et réalités de la demande.
Du côté de Volkswagen, la spectaculaire montée en cadence initiée à l’usine de Zwickau a laissé place à un coup de frein. Certaines lignes tournent au ralenti, certains projets sont retardés : le groupe doit composer avec l’essoufflement du marché européen. Les rêves d’une électrification galopante se heurtent à une réalité plus tiède.
Chez Renault, la gamme E-Tech reste en vitrine, mais la production suit désormais le rythme d’une demande de véhicules électriques neufs qui oscille au fil des mois. Même vigilance chez Peugeot : la marque maintient le cap sur l’électrique, sans perdre de vue la volatilité du marché.
Le groupe Stellantis, qui chapeaute Fiat, a choisi de ralentir la cadence, en particulier en Italie, où les ventes d’électriques plafonnent. Audi et Mercedes adoptent une posture similaire, en raison d’une croissance des ventes de voitures électriques qui peine à s’affirmer.
Quant à Tesla, la marque garde le cap mais doit jongler avec un contexte européen devenu plus imprévisible : incertitudes législatives, attentes mouvantes des automobilistes… La production de véhicules électriques se module désormais au jour le jour, sous l’effet de signaux de marché difficiles à décoder.
Pourquoi certains groupes choisissent-ils de suspendre ou ralentir leur transition électrique ?
La transition vers l’électrique se heurte à des obstacles inattendus. Plusieurs constructeurs automobiles préfèrent lever le pied, ou prendre une pause, pris entre ambitions écologiques affichées et contraintes économiques bien concrètes.
Plusieurs raisons majeures expliquent ce changement de rythme :
- Demande fragile : la progression de la voiture électrique marque le pas en Europe. Les acheteurs hésitent, freinés par des prix d’achat jugés élevés, des questions sur l’autonomie réelle et un réseau de recharge encore trop disparate.
- Marges érodées : pour certaines marques comme Volkswagen, la rentabilité des modèles électriques s’amenuise. La concurrence chinoise et la politique agressive de Tesla sur les prix accentuent la pression.
- Coûts volatils : l’instabilité du prix des batteries, secteur dominé par quelques géants comme CATL, contraint les constructeurs à revoir en permanence leurs plans de production.
Exemples marquants
| Constructeur | Décision | Motivation principale |
|---|---|---|
| Volkswagen | Ralentissement sur certains sites | Ventes décevantes, marges sous pression |
| Ford | Report de nouveaux modèles électriques | Demande atone en Europe |
| Tesla | Ajustement du rythme de production | Concurrence accrue et incertitudes réglementaires |
Chaque groupe ajuste donc sa stratégie pour limiter les dégâts : préserver les profits, réduire les risques, et rester agile dans un environnement commercial de plus en plus imprévisible.
Arrêts de production : quelles marques sont concernées et dans quelles régions ?
L’année 2024 marque un tournant pour de nombreux constructeurs automobiles qui réévaluent leur engagement dans le véhicule électrique. Certaines usines tournent au ralenti, d’autres interrompent carrément la production, sous l’effet conjugué d’une demande en berne et d’une pression croissante sur la rentabilité.
En Allemagne, Volkswagen freine ou interrompt certaines lignes dédiées à l’électrique. À Zwickau, vitrine de la mutation, la cadence s’écroule : les modèles ID.3 et ID.4 ne suffisent plus à remplir les carnets de commandes. Chez Audi, la fabrication de l’e-tron s’arrête temporairement à Bruxelles, faute de commandes suffisantes.
En Italie, Fiat (groupe Stellantis) reporte plusieurs lancements électriques. À Mirafiori, la 500 électrique reste en attente, tandis que la direction reconsidère la stratégie face à l’état du marché européen.
Au Royaume-Uni, Stellantis revoit la trajectoire de Vauxhall et Opel : les modèles thermiques et hybrides, plus rentables sur le court terme, sont à nouveau privilégiés face à l’électrique.
Voici une synthèse des principales marques et sites concernés par ces décisions :
- Volkswagen : ralentissement en Allemagne (Zwickau, Emden)
- Audi : arrêt temporaire à Bruxelles
- Fiat : ajustements à Mirafiori (Italie)
- Stellantis : reports et redéploiements au Royaume-Uni
Ce panorama met en lumière une situation paradoxale : l’Europe, qui incarnait la transition électrique, est désormais le théâtre de vastes réajustements industriels.
Vers un nouveau modèle industriel ou simple pause stratégique ?
L’industrie automobile traverse une période de remises en question. Les constructeurs revoient leur plan d’action, agissent par paliers, et arbitrent en temps réel entre impératifs financiers, évolutions réglementaires et attentes du marché. Ce ne sont plus seulement les volumes de production qui vacillent, mais tout le calendrier du tout-électrique, alors que l’équilibre avec les modèles thermiques neufs et hybrides rechargeables se redessine sous nos yeux.
Un retour prudent vers le thermique et l’hybride
Ces derniers mois, plusieurs annonces l’ont confirmé : priorité à la rentabilité immédiate, quitte à ralentir la marche vers l’électrique.
- Mercedes-Benz temporise ses nouveautés 100 % électriques et renforce sa gamme hybride rechargeable.
- Porsche prolonge la carrière de la 911 thermique, modèle emblématique de la marque.
- Aston Martin repousse son passage au tout électrique et choisit une montée en puissance progressive.
Europe : calendrier sous tension
L’échéance européenne d’interdiction des ventes de voitures thermiques neuves en 2035 oblige les groupes à s’ajuster, mais sans rupture brutale. Les contraintes réglementaires se multiplient, cependant la demande réelle impose un tempo plus nuancé. En France, la production de véhicules électriques cible principalement les citadines, tandis que les hybrides continuent de gagner du terrain.
La filière automobile revoit ses priorités : flexibilité accrue dans les usines, adaptation des chaînes, et anticipation sur le déploiement des bornes de recharge. Les ambitions sont toujours là, mais la route se fait désormais à pas mesurés, sous le regard attentif d’un marché en pleine mutation.


